Elisabeth de France

Blog de la Couronne

 

13 Nov 2017

L’Assemblée plénière des Évêques de France, qui vient de se réunir à Lourdes du 3 au 8 novembre, annonce qu’elle donne son accord pour l’ouverture d’une éventuelle béatification de la princesse Élisabeth Philippine de France, dite « Madame Élisabeth » (1764-1794). Cette décision des Évêques de France, a été saluée par le Chef de la Maison Royale de France, Monseigneur le comte de Paris, sur son compte Twitter : « Enfin les Évêques de France introduisent le procès en béatification de la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth »

 


La princesse Élisabeth Philippine de France, est le huitième et dernier enfant du dauphin Louis Ferdinand et de Marie-Josèphe de Saxe, ainsi que la sœur du roi Louis XVI à qui elle apporta un soutien indéfectible durant toute la période révolutionnaire. Lorsqu’éclate la révolution française, Elizabeth de France refuse de quitter le royaume. Pire, elle entend partager le sort de la famille royale et s’installe en 1789 à Versailles. Le 6 octobre 1789, la famille royale est ramenée de force par le peuple à Paris. Alors qu’elle aurait pu se retirer avec ses tantes au château de Bellevue près de Meudon, elle choisit de partager le sort de son frère et l’accompagne aux Tuileries à Paris.

 

Malgré les apparences, la princesse tenait parfois tête à son frère ou à sa belle-sœur Marie-Antoinette. Leurs affrontements portaient sur des choix de stratégie politique, la princesse adoptant une position ultra, sans la moindre concession aux partisans d’une monarchie constitutionnelle. Dès 1790, elle soutenait le principe d’une alliance des émigrés avec les puissances étrangères dont elle attendait le salut. Par l’intermédiaire du comte de Virieu, entre autres personnes, elle correspondait régulièrement avec le comte d’Artois, son frère, émigré à Turin puis à Coblence dont elle partageait les idées.

 

Une de ses lettres au comte d’Artois fut découverte un jour sur un officier qui la transportait, et la missive fut remise pour examen à l’Assemblée Nationale. La princesse Élisabeth disait du roi qu’il se laissait mener par ses ministres vendus à l’assemblée, et qu’il n’y avait rien à espérer sans aide extérieure. Elle recommandait au comte d’Artois d’agir par lui-même, l’engageant à mettre les autres souverains d’Europe dans leurs intérêts, car, disait-elle, Louis XVI est si faible qu’il signerait sa propre condamnation si on l’exigeait de lui. Elle s’opposa également à la constitution civile du clergé et à toute mesure qui diminuait les prérogatives royales ou celles de l’Église. « Mesdames tantes » quittent la France pour les États du pape en 1791 et proposent à leur nièce de les accompagner. « Madame Élisabeth » choisit encore une fois de rester avec le couple royal.

 

La Princesse Élisabeth suivit son frère et sa belle-sœur lors de la fuite déjouée vers Montmédy, le 20 juin 1791. Un an plus tard exactement, les révolutionnaires forcent les portes du palais des Tuileries pour intimider Louis XVI et l’inciter à suspendre son veto maintenu sur diverses mesures préconisées par l’assemblée. Confondue avec la reine, Élisabeth fit face de tout son corps aux émeutiers déchaînés, sans les détromper sur son identité. Impressionné par tant de hardiesse, les émeutiers  n’osent pas l’assassiner.  Quand le roi fut suspendu par l’Assemblée législative le 10 août 1792 et détrôné un mois après, l’Assemblée décréta que « Louis Capet, son épouse et leurs enfants, ainsi qu’Élisabeth, seraient détenus jusqu’à nouvel ordre à la Prison du Temple ».

 

Après l’assassinat du Roi le 21 janvier 1793, puis celui de la Reine, le 16 octobre 1793, la Princesse Élisabeth, ignorant l’exécution de sa belle-sœur, partageait sa cellule avec sa nièce de 15 ans sur laquelle elle veilla après l’exécution de ses parents et la séparation de son frère le petit « Louis XVII ».

 

La Convention a d’abord prévu qu’Élisabeth « Capet » soit expulsée de France. Mais des documents cités en octobre 1793 lors de l’instruction du procès de Marie-Antoinette, entraînent un décret de renvoi de la princesse devant le Tribunal révolutionnaire. À l’accusateur public qui la traite de « sœur d’un tyran », elle aurait répliqué : « Si mon frère eût été ce que vous dites, vous ne seriez pas là où vous êtes, ni moi, là où je suis ! ». Condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire, elle est guillotinée le 10 mai 1794, c’est à ce moment qu’elle apprend de ses compagnons d’infortune le sort de Marie-Antoinette. Avant son exécution, elle réclame sans succès les secours d’un prêtre que Fouquier-Tinville refuse avec dérision…

 

Reconnue pour sa piété, ses actes de charité et sa mort associée à un martyre, sa cause en béatification est officiellement introduite le 23 décembre 1953 par le cardinal-archevêque de Paris Maurice Feltin. Elle est ainsi déclarée servante de Dieu.

 

( Merci à Frédéric De Natal pour le partage, source : La Croix et wikipedia )

Source :

Les Évêques de France introduisent le procès en béatification de la princesse Élisabeth de France - Le blog de La Couronne

L'Assemblée plénière des Évêques de France, qui vient de se réunir à Lourdes du 3 au 8 novembre, annonce qu'elle donne son accord pour l'ouverture d'une éventuelle béatification de la princesse Élisabeth Philippine de France, dite " Madame Élisabeth " (1764-1794). Cette décision des Évêques de France, a été saluée par le Chef de la ...

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    Le supplice de Madame Elisabeth  (par G.Gautherot)

Madame Elisabeth, Philippine-Marie-Hélène de France (3 mai 1764, Versailles- 10 mai 1794, Paris)

      

Le 9 mai 1794, au Temple, vers 8 heures du soir, au moment où Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI, et sa nièce, Madame Royale, allaient se coucher, on poussa leurs verrous et on heurta à leur porte.

     Ma tante, raconte la fille de Louis XVI, dit qu’elle passait sa robe; on lui répondit que cela ne pouvait pas être si long, et on frappa si fort qu’on pensa enfoncer la porte (sic). Elle ouvrit quand elle fut habillée.

     On lui dit:

     - Citoyenne, veux-tu bien descendre ?

     – Et ma nièce ?

     – On s’en occupera après.

     Ma tante m’embrassa et me dit de me calmer, qu’elle allait remonter.

     – Non, citoyenne, tu ne remonteras pas, lui dit-on; prends ton bonnet et descends.

     On l’accabla alors de grossièretés et d’injures; elle les souffrit avec patience, prit son bonnet, m’embrassa encore et me dit d’avoir du courage et de la fermeté, d’ésperer toujours en Dieu, de me servir des bons principes de religion que mes parents m’avaient donnés, et de ne point manquer aux dernières recommandations de mon père et de ma mère. Elle sortit.

     En bas, on visite ses poches, on lui fait traverser les cours sous une pluie battante et on la mène en fiacre à la Conciergerie. A dix heures du soir, on l’introduit dans la salle du Conseil, où le juge Deliège, en compagnie de Fouquier-Tinville, lui inflige un premier interrogatoire :

     – Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la liberté du peuple français ?

     – J’ignore à qui vous donner ce titre, mais je n’ai désiré que le bonheur des Français.

   - Avez-vous entretenu des correspondances et des intelligences avec les ennemis extérieures et intérieurs de la République, notamment avec les frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des secours en argent ?

     - Je n’ai jamais connu que des amis des Français. Jamais je n’ai fourni de secours à mes frères, et depuis le mois d’août 1792, je n’ai reçu de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.

     – Qu’avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août 1792 ? [jour de la prise des Tuileries]

     – Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.

     – Je vous observe qu’ayant chacun vos appartements, il es étrange que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute cette réunion avait un motif que je vous interpelle d’expliquer.

     – Je n’avais d’autre motif que celui de me réunir toujours chez mon frère lorsqu’il y avait du mouvement dans Paris.

     – Et cette même, nuit n’avez-vous pas été avec Marie-Antoinette, dans la salle où les Suisses étaient occupés à faire des cartouches ?

     – Je n’y ai pas été, et n’ai nulle connaissance de cette salle…

     – Lors de l’évasion du 20 juin, n’est-ce pas vous qui avez amené les enfants ?

     – Non, je suis sortie seule.

     – Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un ?

     – Je n’en connais pas.

    On lui désigna d’office Chaveau-Lagarde. Mais à quoi bon? Donne-t-on un défenseur à la brebis qu’on va égorger? Lisons d’ailleurs la Note historique de Chaveau-Lagarde :

     Je me présentais à l’instant à la prison pour m’entretenir avec elle de son acte d’accusation. On ne voulait pas que je lui parlasse. Fouquier-Tinville eut la perfidie de me tromper en m’assurant qu’elle ne serait pas jugée de sitôt, et il me refusa l’autorisation de conférer avec elle. Le lendemain, qu’elle ne fut pas ma surprise, lorsque, m’étant rendu au tribunal, j’aperçus Madame Elisabeth environnée d’une foule d’autres accusés, sur le haut des gradins, où on l’avais placé tout exprès la première pour la mettre plus en évidence. On la jugea, en effet, dès le lendemain, le 10 mai 1794.

    La « fournée » était de vingt-cinq têtes, et il y avait vraiment de quoi satisfaire les sans-culottes les plus raffinés : il y en avait pour tous les goûts :

     Une Parisienne « vivant de ses revenus », Denise Briard (52 ans);

     Un ex-employé à l’habillement des troupes, Louis Letellier (21 ans);

     Un tailleur, ex-sous-lieutenant de marine, Charles Cressy-Champmillon (33ans);

     Un ex-officier municipal de la commune de Paris, l’apothicaire Georges Follope (64 ans), qui, de service au Temple, avait manifesté trop de commisération pour les prisonniers royaux;

    De vils aristocrates : la marquise de l’Aigle, veuve (55ans); le comte Leneuf-Sourdeval (69 ans); la marquise de Crussal-d’Amboise (64 ans); Françoise de Canisy, veuve du comte de Montmorin, l’ancien ministre des Affaires Etrangères, acquitté par le tribunal du 17 août 1792, mais massacré dans sa prison en septembre, et son fils, le sous-lieutenant de chasseurs Antoine de Montmorin (22 ans); la marquise de Sénozans, soeur de Lamoignon de Malesherbes (76 ans).

     Puis, un groupe de quatorze personnages, que l’épicier Maure, conventionnel en mission dans l’Yonne, apôtre de la Raison, avait expédiés d’Auxerre au tribunal : Louis-Claude Lhermite de Champbertrand, chanoine de Sens (60 ans); sa soeur, la comtesse de Rosset, femme d’un maréchal de camp (65 ans), et sa parente, Mme de Rosset-Cercy, femme d’un officier de marine (44 ans); trois membres de la famille Mégret : Antoine Mégret-Sérilly, ancien trésorier général de la guerre (48 ans), sa femme (31 ans), et Antoine Mégret d’Etigny, ex-aide-major des gardes françaises (46 ans); plus deux domestiques de la même famille, J.-R. Lhost et Antoine Dubois; le négociant de Sens, Théodore Halle (26 ans); enfin, cinq membres de la famille de Loménie : l’ancien ministre de la Guerre de Loménie de Brienne, l’ancien colonel de chasseurs Alexandre de Loménie (36 ans); l’ancien coadjuteur de l’archevêque de Sens, Martial de Loménie (30 ans), Charles de Loménie (33 ans) et sa soeur Charlotte de Loménie (29 ans).

    Peut-on imaginer plus affreuse hécatombe ? Après la condamnation, Fouquier-Tinville ayant observé à Dumas que la princesse n’avait pas poussé une plainte :

    De quoi se plaindrait-elle donc, Elisabeth de France, répondit avec une gaieté féroce le président du tribunal; ne lui avons-nous pas formé une cour d’aristocrates dignes d’elle? Rien ne l’empêchera encore de se croire dans les salons de Versailles quand elle va se voir au pied de la sainte guillotine, entourée de toute cette noblesse fidèle.

    C’est bien elle, en effet, c’est son âme sublime qui va dominer cette cour sanglante, et c’est sur elle avant tout que s’acharne l’accusateur public.

    Un seul acte d’accusation englobe les vingt-cinq victimes qui s’ignorent ou qui ne se sont pas revues depuis plusieurs années. Un seul témoin est entendu, une femme qui connaissait la marquise de l’Aigle. L’interrrogatoire public est presque inexsistant, et les charges sont nulles et ridicules. Dumas reproche, par exemple, au comte de Brienne, d’avoir été ministre en 1788 et de s’être fait nommer maire par une commune qu’il avait comblé de bienfaits. On les rend coupable, non pas même de ce qu’ils ont fait, mais de ce qu’ils ont pu faire, de ce qu’ils sont présumés avoir fait, des opinions qu’ils doivent avoir :

     Dans un temps de révolution où chacun doit prendre parti, expose le président, on est fondé à présumer que les opinions, bien plus que les convenances, déterminent les rapports sociaux, et se serait blesser la vérité et la vraissemblance que de vouloir admettre les liaisons le patriote et le royaliste, qui sont aussi opposés l’un à l’autre que le protestant avec l’ultramontain.

     En ce qui concerne Madame Elisabeth, les pièces ne sont autres que celles qui ont servi pour Louis XVI et Marie-Antoinette, et cela suffit, puisque l’on la va tuer uniquement en raison de son sang royal, du sang de cette « famille Capet » à qui le peulple français, rappelle Fouquier-Tinville, « doit tous les mots desquels il a gémi depuis tant de siècles »; puisqu’on l’accuse d’avoir elle-même partagé « les crimes de tout genre, les forfaits amoncelés par Capet, de la Messaline Antoinette, des deux frères Capet »… Lisons quelques autres passages du réquiqitoire :

    Elisabeth a coopéré à toutes les trames, à tous les complots formés pas ses infâmes frères, par la scélérate et impudique Antoinette, et toute la horde de conspirateurs qui s’était réunie autour d’eux… elle encourage les assassins de la patrie…

     Elisabath avait médité avait Capet et Antoinette le massacre des citoyens de Paris dans l’immortelle journée du 10 août. Elle veillait dans l’espoir d’être témoin de ce carnage nocturne, elle aidait la barbare Antoinette à mordre les balles et encourageait par ses discours les jeunes personnes que des prêtres fanatiques avaient conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée dans l’espoir que toute cette horde de conspirateurs avait… elle fuit au jour avec le tyran et sa femme et va attendre dans le temple de la souveraineté nationale que la horde des esclaves soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide ait noyé dans le sang des citoyens de la liberté, et lui eût foufni les moyens d’égorger ensuite ses représentants…

     Enfin, on l’a vue, depuis le suplice du plus coupable des tyrans qui ont déshonnoré la nature humaine, provoquer le rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du trône.

     Le nouvel interrogatoire n’est que la mise ne demandes de ces monstrueuses insanités. Madame Elisabeth y répond avec simplicité, une dignité, un calme merveilleux :

     - N’avez-vous pas donné des sions, pansés vous-mêmes les blesssures des assassins envoyés aux Champs-Elysées contre les braves Marseillais ?

     – Je n’ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui que ce soit. S’il m’est arrivé de donner des secours à quelques blessés, l’humanité seule a pu me conduire. Je n’ai point eu besoin de m’informer de la cause de leurs maux pour m’occuper de leur soulagement. Je ne m’en fait un mérite, et je n’imagine pas que l’on puisse m’en faire un crime…

     – L’accusée Elisabeth, dont le plan de défense est de nier tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir qu’elle a bercé le petit Capet de l’espoir de succéder au trône de son père, et qu’elle a ainsi provoqué la royauté ?

     – Je causais familièrement avec cette infortuné qui m’étais à plus d’un titre, et je lui administrais, sans conséquence, les consolations qui me paraissaient capables de le dédommager de la perte de ceux qui lui avaient donné le jour.

     – C’est convenir, en d’autres termes, que vous nourrissiez le petit Capet des projets de vengeances que vous et les vôtres de faire contre la liberté, et que vous vous flattiez de relevé les débris d’un trône brisé en l’inondant du sang des patriotes.

    Les jurés, les solides -ceux qui condamnaient toujours- étaient éclairés. Et l’on préférerait qu’un avocat n’eût pas fait aux assassins l’honneur d’intervenir. Chauveau-Lagarde, pourtant, se leva et prononça une courte défense dont il écrivit plus tard le résumé : là où il ny a aucun élément légal de conviction, observa-t-il, il ne saurait y avoir de conviction légale; tous les débats consistaient dans les réponses de l’accusée, et ces réponses, loin de la condamner, ne prouvaient que la bonté de son coeur et l’héroisme de l’amitié : la princesse, qui avait été à la cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus, ne pouvait d’ailleurs être l’ennemis des Français… Dumas, furieux, reproche alors à l’avocat de « corrompre la morale publique » en parlant des « prétendues vertus de l’accusée », et Madame Elisabeth, jusqu’alors insensible à sa propre situation, se montra tout à coup émue des dangers courus par son défenseur.

     La « conviction légale » n’avait cependant rien à voir dans cette affaire; ou plutôt nous savons en quoi elle consistait. Le jugement de condamnation avait été dressé à l’avance et signé en blanc, comme le prouve l’espace vide qui, dans l’original, sépare le corps de l’acte de la formule finale et de la signature des juges.

    Comme d’ordinaire, les charrettes du bourreau attendaient à la porte de la Conciergerie.

    Parquées  dans l’étroite et obscure salle des condamnés à mort, assises sur les bancs de bois qui faisaient face à une cloison vitrée, les victimes assistaient à leur toilette funèbre. La vieille marquise de Sénozans (76 ans) se lamentait. La comtesse de Montmorin, après avoir vu massacré son mari, ne pouvait se résigner à voir périr avec elle son fils de vingt-deux ans. Madame Elisabeth, sereine, les réconfortait :

   – On n’exige point de nous, disait-elle, comme des anciens martyrs, le sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l’abandon de notre misérable vie : faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.

     Au bout d’une heure, on fit l’appel suprême, et les charette - » les bières des vivants », disait Barère- se remplirent. Madame Elisabeth monte à l’échelle avec Madame de Sénozans et de Crussol; au Pont-Neuf, le mouchoir blanc qui couvrait sa tête se détache et est ramassé par l’éxecuteur; elle refuse qu’elle le lui remette, et elle va tête nue jusqu’à la place de la Révolution, montrant à tous sa modeste et pieuse sérénité. Le médecin Dacy, qui crois les charettes, rentre chez lui boulversé, et dit à sa femme en pleurant :

     – Je viens de rencontrer un ange allant à l’échafaud!

 [les Parisiens l'appelaient aussi "Sainte Geneviève des Tuileries", sainte Geneviève (5e s.) étant leur sainte patronne]

    Elle descend la première, s’assied, le dos à l’échaffaud, sur la banquette de bois où l’on attend son tour; puis -raconte un officier municipal, Moelle, témoin oculaire- « répand un angélique sourire sur les compagnons de sa mort, lève les yeux au ciel, les reporte sur eux, et leur dit ainsi que c’est au ciel qu’ils vont se réunir. »

    La vieille marquise de Crussol d’Amboise est appelée la première : elle se lève, s’incline devant la jeune princesse, lui demande la permission de l’embrasser, et va livrer sa tête au bourreau. Les autres femmes l’imitent à son tour, et tout à tout aussi les hommes viennent s’incliner devant la royale victime qu’on a réservé pour la fin. Avant de mourir, le sous-lieutenant de Montmorin répond aux hurlements de la populace par le cri de Vive le Roi! et le domestique, Baptiste Dubois, répète ce cri vibrant.

  Madame Elisabeth récite le De Profundis pour ceux qui déjà ne sont plus. L’avant dernier est le chanoine de Champbertrand, dont elle reçoit une suprême absolution.

   Elle se lève enfin, et monte à l’échaffaud d’un pas si ferme que le bourreau renonce à la soutenir. Au moment où on l’attache, debout sur la planche redressée, son fichu de linon tombe et laisse apparaitre sur sa poitrine une médaille de la Vierge. La planche bascule, et s’accomplit le crime auquel on peut appliquer le mot de Napoléon Ier a prononcé au sujet du supplice de Marie-Antoinette :  » Il y a quelquechose de pire encore que le régicide. » [creux!]

     On n’a pas crié cette fois, Vive la République!

    » Une odeur de rose, rapporte Madame de Genlis, se répandit sur la place Louis XV. » 

    Le corps, décapité, fut placé sur le tas de cadavres qui remplissaient la grande charrette et y baignaient, au fond, dans le sang. Au cimetière de la Madeleine, il fut dépouillé, abandonné ainsi sur le sol, puis précipité dans l’énorme fosse de douze à quinze pieds de longueur et de largeur, de dix-huit pieds de profondeur, dans la fosse commune où les ossements  se confondirent à ce point avec les autres qu’il fut impossible de les identifier en 1817.

Source :

Madame Elisabeth : la fin d'une sainte

Il s'agit d'un texte qui avait/a pour but d'introduire sa cause de béatification à Rome en vue de sa canonisation. Le supplice de Madame Elisabeth (par G.Gautherot) Madame Elisabeth, Philippine-Marie-Hélène de France (3 mai 1764, Versailles- 10 mai 1794, Paris) Le 9 mai 1794, au Temple, vers 8 heures du soir, au moment où Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI, et sa nièce, Madame Royale, allaient se coucher, on poussa leurs verrous et on heurta à leur porte.

http://deogratias.unblog.fr

Image associée

Princesse Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth

Par Élisabeth Vigée Le Brun.

 

couronne de roses